La période actuelle est aussi incertaine qu’inattendue. Du jour au lendemain, avec un degré d’anticipation proche de zéro, nous nous sommes retrouvés claquemurés, brutalement coupés de nos équipes, clients, prospects, investisseurs, et j’en passe. Les événements professionnels, sur lesquels de très nombreuses Startups comptent pour se faire connaitre sont annulés, ou largement différés. La conquête marché, pour nombre d’entre-nous est devenue dans le meilleur de cas compliquée, dans le pire des cas totalement illusoire.

Pour ne rien arranger, personne n’est capable de prédire l’avenir. Certains font des hypothèses, mais en réalité les variables qui nous échappent rendent toute équation profondément bancale. Dès lors, comment prendre, dans l’urgence, les bonnes décisions alors qu’on ne sait rien, ou presque, de ce qui nous attend ? Devant ce choc, en proie au doute, nombreux sont les dirigeants de Startups à passer, par réflexe, en « mode survie ». L’objectif ? Tenir. Le plus longtemps possible. Pour passer la tempête.

Le premier réflexe est souvent de passer, le plus vite possible, toute l’équipe en chômage partiel. Ensuite les appels se multiplient : BPI, Banques, Investisseurs… Les annonces du gouvernement sur les aides d’urgence rassurent, la réalité est souvent bien plus compliquée.

Dans ce contexte, nous avons multiplié les réunions et les séances de réflexion, pour essayer de vous éclairer le mieux possible. Nous ne détenons pas la Vérité, mais nous commençons petit à petit à acquérir des convictions fortes que nous voulons partager avec vous.

Un ratio bénéfice/risque pas forcément favorable

Quand on entreprend, le ratio bénéfice/risque est une notion clé. Avant d’engager une action, nous réfléchissons tous à ces deux variables fondamentales. Revenir aux fondamentaux ne fait pas de mal quand tout est flou autour de nous.

Le bénéfice est évident : en « mode survie », on réduit drastiquement les charges quitte à arrêter la machine. Sur le papier, cela peut paraître rassurant. La trésorerie est préservée. On est provisoirement « à l’abri » de la tempête.

Mais les risques, eux, même s’ils sont moins perceptibles, sont pourtant bien là, et ils peuvent coûter cher :

  • Votre équipe technique, mise au chômage partiel, pourrait être tentée de vous quitter. A la fois inquiète par votre capacité à remonter la pente, et attirée par des propositions d’entreprises solides qui recrutent sur un marché de l’emploi tendu. Nous l’avons constaté à FinovUP : nos clients qui n’arrêtent pas leur R&D profitent de cette période pour « chasser » des profils précieux, qui portent une oreille attentive à leurs propositions. Vous pourriez donc vous retrouver, à la sortie, sans les ingénieurs qui ont développé votre produit, ce qui vous pénalisera durablement.

  • Votre roadmap technique pourrait dérailler. En matière digitale, les innovations et l’évolution technologique constante est l’une ces clés du succès. Mettre à l’arrêt vos développements, alors que vos concurrents s’activent, peut mettre durablement en péril votre compétitivité. Lorsque votre équipe de sales va se remettre à vendre, elle risque d’éprouver des difficultés, faute d’avantages concurrentiels forts.

  • Redémarrer une activité à l’arrêt n’est pas sans risque. Cela demande un effort important, prend du temps et coûte forcément de l’argent. Vous risquez de vous retrouver, alors que tout votre écosystème repart, au ralenti durant un certain temps, occupé à ré-organiser votre équipe, re-planifier vos projets, relancer vos ventes, recruter de nouveaux profils, etc. Le tout est de savoir si vous en aurez réellement les moyens.

  • Sur le plan des financements publics, que nous maîtrisons particulièrement bien, la situation risque aussi de se compliquer, pour plusieurs raisons : un effet d’engorgement des financeurs publics (Bpifrance, etc.) est à prévoir lorsque l’activité va repartir. Vos demandes risquent d’être traitées au ralenti, et si votre dossier se trouve « en bas de la pile », le versement de vos aides risque d’être considérablement différé.

  • Sur le volet fiscal, vous devrez aussi anticiper des aides (CIR/CII) réduites, car votre équipe n’aura pas travaillé sur vos projets d’innovation durant plusieurs mois. Quant au traitement accéléré des dossiers par les SIE que nous connaissons actuellement, il ne va, selon toute vraisemblance, pas se prolonger sur les années à venir. Nul ne sait prédire les nouvelles dispositions de la loi de Finances 2021, mais au vu de l’effort de guerre que déploie l’état aujourd’hui, un tour de vis fiscal est probable.

  • Enfin, nous pourrions évoquer les levées de fonds, qui risquent elles aussi de se compliquer dans les 18 prochains mois, faute d’argent disponible en Equity sur le marché.

En conclusion, votre capacité à rebondir va dépendre largement de vous. Et elle sera lourdement dépendante de la qualité des innovations que vous serez immédiatement en capacité de délivrer une fois cette situation de confinement levée. En matière d’emploi, de concurrence et de financements, l’année 2021 risque d’être très délicate à aborder pour les entreprises qui, par peur, ont pris un retard considérable en décidant d’activer un « mode survie » drastique et exagéré.

Rappelons-nous que pour de nombreuses entreprises, le « mode survie » n’est pas un choix, c’est une obligation. Pas pour les Startups du numérique. Nous avons cette chance de pouvoir nous organiser, travailler à distance, et continuer, même au ralenti, notre activité. Ne pas saisir cette chance, serait une erreur !

Notre conseil est donc de bien réaliser votre étude bénéfice/risque pour soupeser chaque choix que vous faites aujourd’hui, en vous rappelant que nous sommes dans une situation exceptionnelle, anxiogène, qui ne durera pas éternellement. Il faut savoir faire la part des choses entre les nécessités vitales, et la tentation naturelle d’un repli radical.

Dès lors, pourquoi ne pas profiter de cette crise pour accélérer le développement de vos innovations ? Dans le monde entier, c’est une tendance lourde qui commence à se dessiner, et chez FinovUP, en analysant ce qui se passe chez nos clients, cette tendance devient au fil des longues journées de confinement, une conviction forte. L’enjeu est de réussir à structurer votre entreprise en « mode crise », et pas en « mode survie ». Vous pourrez dès lors vivre cette période comme une « grande respiration », qui vous permet de réaliser certains chantiers incroyables qui attendaient depuis trop longtemps. Cet optimisme entrepreneurial pourrait bien devenir votre « pari gagnant » pour briller en 2021.

Prenez soin de vous.

Publié sur Linkedin le 3 Avril 2020.