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Votre R&D&I est-elle vraiment déclarée à sa juste valeur ?

Ce que révèlent les contrôles fiscaux de 2024-2025 

Votre entreprise déclare un CIR/CII chaque année. Les dossiers sont déposés dans les délais, les montants sont conformes à ce que vous avez toujours déclaré. Tout semble en ordre. 

Mais deux questions méritent d’être posées franchement : déclarez-vous l’intégralité des dépenses auxquelles vous avez droit ? Et si la DGFiP frappait à votre porte demain matin, votre dossier tiendrait-il face à un vérificateur spécialisé ? 

Les contrôles fiscaux CIR de 2024-2025 dessinent un tableau instructif sur les deux fronts. Beaucoup d’entreprises sous-déclarent — souvent sans le savoir. D’autres déclarent mal — et le paient au moment du contrôle. Dans les deux cas, le coût est réel. 

Ce que le contrôle CIR/CII révèle sur la pratique des entreprises 

Un dispositif utilisé, mais rarement optimisé 

Le CIR bénéficie chaque année à environ 12 000 entreprises en France, pour un montant global de créances approchant 7 milliards d’euros. Derrière cette agrégation nationale se cache une réalité hétérogène : des entreprises qui déclarent avec précision et exhaustivité — et d’autres qui déclarent par habitude, en reconduisant d’une année sur l’autre des bases sous-dimensionnées ou des périmètres figés qui ne reflètent plus la réalité de leurs travaux. 

Les vérifications fiscales spécialisées CIR, menées conjointement par la DGFiP et les experts du MESRI, mettent régulièrement en évidence deux catégories de difficultés : des dépenses éligibles non déclarées (sous-valorisation) et des dépenses déclarées à tort ou insuffisamment justifiées (fragilité documentaire). Les deux sont coûteuses — l’une en manque à gagner, l’autre en redressement. 

Les motifs de redressement les plus fréquents en 2024-2025 

Plusieurs axes de rehaussement reviennent de manière récurrente dans la jurisprudence récente et les retours de terrain : 

Principaux motifs observés CIR/CII 

  • Sous-traitance mal contractualisée : contrats insuffisamment précis sur la nature R&D des prestations, factures trop imprécises et sans références directes au travaux menés permettant la catégorisation R&D ou non, absence de rapport de fin de travaux ou de livrables associés aux factures 
  • Personnel R&D déclaré sans affectation traçable : absence de feuilles de temps ou de suivi d’activité formalisé, tâche mal définie laissant place au doute 

Pour le CIR spécifiquement : 

  • État de l’art inadapté : référence trop ancienne, présentation des outils du marché et non de la recherche scientifique, absence ou mauvaise définition des limites 
  • Absence de verrous techniques documentés : les travaux sont réels mais l’incertitude scientifique ou technique n’est pas formalisée 
  • Dépenses de veille technologique ou de normalisation incluses à tort dans la base CIR 

Pour le CII spécifiquement :  

  • Etat du marché imprécis, ne mettant pas en avant le manque que viendra combler la nouveauté du produit visé 
  • Opérations de développement de série ou d’adaptation client requalifiées en non-éligibles 
  • Prototypes requalifiés en simples outillages de production sans caractère innovant suffisant 
  • Absence de mesurabilité de la supériorité des performances vis-à-vis de la concurrence 

Ce panorama n’est pas nouveau — mais l’intensité du contrôle l’est. Dans un contexte de tensions budgétaires, le CIR est l’un des dispositifs fiscaux les plus scrutés par l’administration, avec des prises de positions fortes des vérificateurs sur les aspects techniques. 

Les deux visages d’une déclaration CIR/CII imparfaite 

La sous-déclaration : un manque à gagner silencieux 

La sous-déclaration est probablement la forme la plus répandue — et la moins visible — de déclaration CIR/CII imparfaite. Elle ne génère pas de redressement, ne fait pas de bruit. Elle coûte pourtant de manière tout aussi réelle. 

Elle prend plusieurs formes : 

  • Des projets R&D entiers non déclarés, parce que leur nature éligible n’a pas été qualifiée en amont – autant la définition de la R&D de Frascati diffère souvent de celle utilisée en entreprise, autant des ingénieurs peuvent réaliser du développement expérimental au sens du CIR sans le savoir.  
  • Des dépenses partiellement déclarées : seuls les salaires des ingénieurs dédiés à 100 % à la R&D sont pris en compte, quand des collaborateurs à temps partiel R&D pourraient également entrer dans la base.  
  • Les techniciens de recherche — profil massivement oublié le profil des techniciens de recherche au sens fiscal mérite un traitement distinct. Beaucoup d’entreprises ne déclarent que les ingénieurs et chercheurs, en omettant les techniciens directement et exclusivement affectés aux opérations R&D (réglage de machines, préparation d’essais, saisie de mesures). Ce poste peut représenter une fraction non négligeable de la masse salariale éligible, surtout dans les entreprises industrielles 
  • Des dépenses de sous-traitance sous-valorisées ou non déclarées par méconnaissance des règles d’éligibilité 
  • Des dotations aux amortissements d’équipements R&D omises, faute d’un suivi affecté permettant de prendre la quote-part réelle d’utilisation. L’importance s’accroit de fait quand des machines très coûteuses sont immobilisées pour la R&D&I 
  • La quote part réelle des travaux de R&D ayant bénéficié d’une subvention mal évaluée. Le montant d’aide publique doit être retranché de l’assiette de l’exercice à réception des fonds, cependant, bien trop souvent la totalité de la subvention est déduite alors qu’une partie des travaux financés ne correspond pas à ceux valorisables dans l’assiette 
  • Avant le 15/02/2025, l’oubli de la valorisation des personnels pouvant prétendre au statut du Jeune Docteur, qui reçoivent une bonification de 100% dans l’assiette, ou la valorisation de la Propriété Intellectuelle (qui depuis est réservé à l’assiette du CII) 
  • En complément – en cas de contrat de collaboration avec des ORDC, le CICo peut se substituer au CIR pour bénéficier d’un crédit d’impôts équivalent à 50% des sommes facturées (incluant les coûts complets sans marge commerciale) par l’ORDC  

 

Dans les audits CIR que nous réalisons chez des clients qui déclarent déjà depuis plusieurs années, nous identifions régulièrement des marges de valorisation supplémentaires significatives de la base initialement déclarée. 

La déclaration fragilisée : le risque de redressement 

Certaines entreprises déclarent des dépenses dont l’éligibilité est contestable — soit parce que les travaux ne satisfont pas aux critères de la recherche ou du développement expérimental au sens du manuel de Frascati, soit parce que la documentation ne permet pas de l’établir. 

La distinction est importante : un projet peut être réellement éligible, mais être requalifié par l’administration faute de documentation suffisante. Ce n’est pas une fraude — c’est une faiblesse documentaire. Mais le résultat est le même : le crédit d’impôt est repris, avec intérêts de retard. 

De la même manière, les projets présentés au CII doivent satisfaire aux critères de l’innovation définis dans le manuel d’Oslo, et la documentation associées doit permettre de le démontrer. 

Ce que coûte un redressement CIR 

  • Reprise du crédit d’impôt sur les exercices contrôlés (généralement 3 ans)
  • Intérêts de retard : 0,20 % par mois, soit 2,4 % par an
  • Majoration de 40 % en cas de manquement délibéré (charge de la preuve sur l’administration)
  • Coût indirect : mobilisation des équipes techniques et financières pendant 6 à 18 mois

 

Les zones de risque les plus sensibles 

La sous-traitance R&D : un terrain de contrôle systématique 

La sous-traitance constitue l’un des points de contrôle les plus systématiques de l’administration. Les conditions d’éligibilité sont précises : le sous-traitant doit être un organisme agréé, le contrat doit porter explicitement sur des travaux de R&D, et le donneur d’ordre doit supporter le risque financier des travaux. 

Les situations les plus exposées sont celles où la frontière entre prestation intellectuelle et sous-traitance R&D est floue, ou celles où le contrat avec le prestataire est insuffisamment qualificatif sur la nature des travaux. La jurisprudence récente des CAA de Paris et de Versailles a précisé les contours de la notion de risque économique, parfois au détriment des entreprises qui n’avaient pas anticipé ces critères. 

Le personnel R&D : la traçabilité comme condition sine qua non 

Les rémunérations du personnel affecté à des travaux de R&D constituent en général le poste le plus important de la base CIR — et l’un des plus exposés au contrôle. La DGFiP vérifie systématiquement la cohérence entre le pourcentage de temps R&D déclaré par salarié et les éléments permettant de l’établir. 

En l’absence d’un système de suivi du temps formalisé — feuilles de temps, tableau de répartition des activités, comptes-rendus de travaux — l’administration peut remettre en cause les affectations déclarées. Le risque est particulièrement élevé pour les profils multi-activités : ingénieurs qui font à la fois de la R&D et du support client, du développement produit et de la production. 

Le CII : une éligibilité plus étroite que le CIR 

Le Crédit d’Impôt Innovation est souvent traité avec moins de rigueur que le CIR, par méconnaissance de ses spécificités. Ses critères d’éligibilité sont pourtant plus étroits : il vise les prototypes et pilotes de nouveaux produits, au sens de produits non encore disponibles sur le marché et présentant des performances supérieures aux solutions existantes sur le marché cible. 

Les erreurs les plus fréquentes : déclarer en CII des dépenses relevant en réalité du CIR (développement expérimental), ou à l’inverse des dépenses de développement de série ou d’adaptation qui ne relèvent ni de l’un ni de l’autre. La qualification préalable est indispensable — et trop rarement réalisée. 

Comment évaluer la robustesse de votre déclaration 

L’évaluation de la solidité d’une déclaration CIR repose sur deux dimensions complémentaires : l’exhaustivité (déclarez-vous tout ce à quoi vous avez droit ?) et la défendabilité (votre documentation vous permet-elle de tenir face à un contrôle ?). 

 

Indicateur  Ce que devrait couvrir une déclaration robuste 
Périmètre des projets  Tous les projets R&D actifs sont identifiés et qualifiés annuellement, sans reconduction mécanique de l’année précédente 
Personnel R&D  Suivi du temps formalisé, affectations documentées par projet et par salarié 
Sous-traitance  Contrats qualificatifs, rapports de fin de travaux, vérification de l’agrément des prestataires 
Verrous technologiques  Formalisés par projet, reliés explicitement à l’état de l’art et aux limites des solutions existantes 
Dépenses annexes  Amortissements, frais de propriété intellectuelle, dépenses de veille qualifiées et intégrées à la base 
Revue annuelle  Audit interne ou externe de la déclaration avant dépôt du CERFA 2069-A-SD 

 

Nos recommandations 

1. Réaliser un audit de votre base CIR/CII avant la prochaine déclaration 

Un audit CIR préventif poursuit deux objectifs simultanément : identifier les dépenses éligibles non déclarées (corriger la sous-valorisation) et évaluer la solidité documentaire des postes déclarés (corriger les fragilités avant qu’un contrôle ne les exploite). C’est un investissement dont le retour est généralement rapide et mesurable. 

2. Formaliser le suivi du temps R&D&I 

Quelle que soit la taille de l’entreprise, l’absence d’un système de suivi du temps affecté à la R&D est la première fragilité identifiée en contrôle. Ce n’est pas une contrainte administrative — c’est la fondation sur laquelle repose la défendabilité de votre déclaration. Elle se met en place simplement, si l’on s’y prend avant le contrôle. 

3. Documenter les verrous technologiques de manière systématique 

Chaque projet déclaré au CIR doit pouvoir s’appuyer sur une fiche technique identifiant l’état de l’art, les limites des solutions existantes, le verrou à lever et l’approche scientifique retenue.  

Dans le cadre du CII, identifier les manques sur le marché, documenter tout au long des travaux les solutions mise en œuvre,  les performances différenciantes mesurables du ou des prototypes 

Ce document — court, l’attendu étant de 10 pages par projet/opération, mais précis — est le premier élément que demande le vérificateur. Son absence est un signal d’alerte immédiat pour l’administration. 

4. Anticiper le contrôle, ne pas le subir 

Le meilleur moment pour préparer un contrôle CIR, c’est avant qu’il n’arrive. Une revue annuelle de la déclaration par un regard externe — qui connaît les motifs de rehaussement récurrents et la jurisprudence applicable — permet de corriger les fragilités avant qu’elles ne se transforment en risques réels. 

 

En conclusion 

Une déclaration CIR solide, ce n’est pas simplement une déclaration conforme — c’est une déclaration exhaustive et défendable. Ces deux dimensions sont indépendantes : on peut être conforme en sous-déclarant, et on peut être exhaustif en étant mal documenté. 

Les entreprises qui traitent leur CIR comme un exercice fiscal annuel à minima passent à côté d’un levier de financement significatif. Celles qui le traitent comme un actif à optimiser et à protéger en tirent une valeur structurelle — et abordent les contrôles avec sérénité. 

La question n’est pas de savoir si votre entreprise sera un jour contrôlée. C’est de savoir dans quel état vous vous y trouvez quand ça arrive. 

 

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