Note de conjoncture | Février 2026
Le bilan d’activité 2025 de Bpifrance vient d’être publié. Les chiffres méritent une lecture attentive, car ils traduisent un virage structurel de l’écosystème public du financement de l’innovation — avec des implications concrètes pour vos projets.
Un recul global qui appelle à la nuance
En 2025, Bpifrance a déployé 3,4 milliards d’euros auprès de 4 891 entreprises, contre 5,2 milliards en 2024. La baisse est nette : -34 % en volume financier, -11 % en nombre d’entreprises accompagnées.
Lire ces chiffres comme un simple désengagement de l’État serait cependant une erreur d’interprétation. Ce que révèle la ventilation par poste, c’est avant tout une recomposition des priorités, pas un retrait.
Ce que les chiffres disent réellement
Les aides directes reculent significativement
Les aides à l’innovation (iDemo, iNov, Bourse French Tech, France 2030 régionalisé…) accusent une baisse de 22 %, à 1,2 milliard d’euros. Le volet dirigé sectoriel non notifié — qui regroupe les AAP thématiques et les stratégies d’accélération France 2030 — chute quant à lui de 65 %, à 0,5 milliard.
Les prêts, en revanche, progressent fortement
Avec +43 % à 0,6 milliard d’euros, les prêts aux entreprises innovantes constituent la seule catégorie en croissance. Prêt Innovation, Prêt Nouvelle Industrie, Prêt Amorçage Innovation : ces instruments connaissent une dynamique inverse à celle des subventions.
La Deeptech résiste
Les dispositifs dédiés (Bourse French Tech Emergence, Aides au Développement Deeptech, Bourse French Tech Lab) reculent de seulement 6 %, soit une baisse nettement inférieure à la moyenne. Ce résultat confirme le maintien d’une priorité politique explicite sur les projets à forte intensité technologique.
La lecture stratégique : un écosystème qui monte en maturité
Ces trois signaux convergent vers une même direction : Bpifrance arbitre désormais en faveur des projets plus avancés, plus matures, plus technologiques.
L’ère des subventions accessibles à des projets en phase d’idéation ou à faible différenciation technologique s’estompe. Ce qui progresse, ce sont les financements destinés à des entreprises capables de démontrer leur trajectoire — industrialisation, lancement commercial, ancrage deeptech — et de présenter des projections crédibles.
Ce mouvement n’est pas conjoncturel. Il s’inscrit dans une logique de rationalisation budgétaire et de concentration de l’effort public sur les leviers à plus fort impact économique.
Nos recommandations
1. Réévaluer la nature de vos projets avant de solliciter une subvention
La sélectivité accrue des comités d’instruction rend désormais coûteux — en temps et en ressources — le dépôt de dossiers dont le positionnement technologique est insuffisamment différenciant. Nous vous recommandons d’anticiper cette évaluation en amont, afin d’identifier les projets réellement éligibles et de concentrer l’effort là où il sera payant.
2. Ne pas sous-estimer les prêts à conditions avantageuses
La résistance culturelle à l’endettement est compréhensible. Elle est pourtant souvent contre-productive dans le contexte actuel. Les instruments de prêt Bpifrance présentent des caractéristiques structurellement favorables :
- Absence de garantie sur les premières tranches pour certains dispositifs
- Taux bonifiés
- Différé d’amortissement de capital
Pour une entreprise qui ne peut pas autofinancer sa croissance, ils constituent un levier de financement sérieux — à considérer non comme un pis-aller, mais comme un outil à part entière de votre stratégie financière.
3. Maintenir une veille active sur les AAP France 2030
Malgré le recul global du volet dirigé, les appels à projets France 2030 conservent des enveloppes significatives. Leur instruction est exigeante et les délais peuvent être longs, mais les montants alloués aux lauréats restent substantiels. Nous vous recommandons de ne pas les ignorer — à condition d’y consacrer le niveau de préparation qu’ils requièrent.
4. Anticiper et documenter dès maintenant
Quelle que soit la nature du financement visé — subvention, prêt, appel à projets — la qualité du dossier est devenue un facteur différenciant majeur. La rigueur de la documentation technique, la cohérence du plan financier et la clarté de l’argumentation sur l’innovation sont désormais des prérequis, non des options.
En conclusion
Le message de Bpifrance est lisible : les ressources publiques se concentrent, les critères se resserrent, et les prêts prennent le relais là où la subvention recule. Pour les entreprises innovantes, cela implique d’adapter leur stratégie de financement — en montant en exigence sur la préparation des dossiers, en intégrant les prêts comme levier complémentaire, et en ciblant les dispositifs avec plus de précision qu’auparavant.
Nous restons à votre disposition pour analyser votre situation et identifier les dispositifs les plus adaptés à vos projets.

